Un champ aléatoire dans la Voie Lactée

L’image ci-dessous se rapporte à un champ sélectionné au hasard dans la Voie Lactée, dans une zone relativement marginale de la constellation du Taureau, où la densité stellaire atteint un peu plus de 50000 étoiles par degré carré cataloguées au Gaia DR3, ce qui demeure tout à fait confortable du point de vue de l’analyse des données. A titre de comparaison, dans l’Aigle, en plein coeur de la galaxie (b = 0deg en coordonnées galactiques), cette densité monte à plus 500000 étoiles par degré carré, une densité qui rend les choses beaucoup, beaucoup plus difficiles à appréhender, et qui nécessite pour le moins des aménagements.

Les dimensions du champ représenté sont approximativement égales à 14×32 arcmin, soit l’équivalent d’un premier quartier de Lune. Dans cette zone, les étoiles variables déjà connues, et immatriculées au catalogue VSX, sont pointées en magenta. Les pixels surlignés en verts sont ceux dans lesquels on visualise un signal variable dans VariSeek. Deux constatations peuvent assez aisément frapper les esprits au vu de cette heatmap :

  • Un très grand nombre d’étoiles identifiées au VSX n’émettent aucun signal qui soit évident visuellement sur une période égale à 26 jours (= un secteur TESS),
  • Les pixels verts portant signal sont largement regroupés autour de certaines étoiles brillantes : ceci matérialise les zones dites de « contamination », zones dans lesquelles un signal visible ne correspond pas à la réalité (l’étoile qui porte réellement le signal se situe en dehors du pixel considéré).

Les pixels surlignés en rouge sont ceux qui monopolisent toute notre attention : il s’agit des pixels montrant un signal variable non connu. Ainsi qu’on peut le constater, ils sont relativement nombreux. Moins nombreux que ceux qui se rapportent à des étoiles déjà cataloguées au VSX, il est vrai … Mais leur nombre relatif, dans une si petite zone de ciel, autorise malgré tout de grands espoirs quant aux possibilités de découvertes amateurs.

Quelques signaux non connus détectés par Var-Exp

Petit extrait du catalogue de signaux non connus détectés par Var-Exp.

Variables de type binaire à éclipses EA. De tels signaux sont nombreux parmi les détections Var-Exp, parce qu’ils sont faciles à discerner dans les courbes, même lorsqu’elles sont très bruitées. Les périodes des objets trouvés vont de quelques heures à plus de 150 jours. Les magnitudes des objets suivants sont respectivement G mag = 15.9 et 17.4.


Variables de types EW, pulsateurs, ELL ou ROT. Des observations complémentaires pourraient être effectuées si nécessaire. G mag comprises entre 12.0 et 16.3.


Variable irrégulière. G mag = 9.3. L’amplitude est très faible, en conséquence de quoi la courbe, très ramassée et fortement zoomée, paraît bruitée.


D’autres variables irrégulières, cette fois associées à l’amas ouvert NGC2420. Les amplitudes sont également très faibles.


Objets classés YSO, localisés dans des zones de nébulosités à émission IR.


L’objet ci-dessous montre un signal assez étonnant dont l’étude est en cours. Une variation sinusoïdale de période p = 4.48 jours, de type « rotation », est exhibée par une étoile rouge de magnitude G mag = 13.3 (BP-RP = 1.15). Le spectre Gaia sommaire évoque un type spectral K0 à K2, a priori sans particularité en dehors d’une raie halpha un peu marquée, peut-être. La parallaxe situe l’objet assez loin, quelque chose comme 800 à 900 parsecs ; nous serions donc plutôt en présence d’une sous-géante … Le point intéressant, est que cette étoile montre également, de façon épisodique des éclipses très peu profondes (1.2%), qui pourraient correspondre à l’empreinte d’une naine rouge de période pour le moment indéterminée (> 26 jours) dont l’orbite pourrait être en raisonnance avec le signal rotateur indiqué plus haut, dans la mesure où les éclipses repérées semblent plutôt se situer dans le creux de la sinusoïde principale (quelques éclipses suspectées sont difficiles à phaser relativement à la période du rotateur, toutefois). Le signal principal pourrait également ne pas être dû à un rotateur, comme supposé initialement, mais plutôt dû à une binaire de type contact. Cet objet figure d’ailleurs au catalogue 15000 Ellipsoidal binaries, table 2 (Green, M. J., 2023). La forme des éclipses, en V très profond, n’est toutefois pas en faveur d’un système triple.

Les variations montrées par l’objet sont très disparates d’un secteur TESS à l’autre, pour des raisons inhérentes à l’observatoire spatial, ce qui rend délicate toute conclusion sommaire. Ce type de signal semble par ailleurs assez répandu puisque, au moment où nous rédigeons ces lignes, nous disposons déjà de 4 courbes similaires, sur un total de 115.

Des observations complémentaires seront nécessaires à terme, photométriques et spectroscopiques, pour préciser certains détails.